Mont de Lans
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La porte "romaine de Bons" :
Située au-dessous du hameau de Bons, sur la commune de Mont de Lans, elle enjambe le chemin descendant vers le châtelard et Bourg d’Oisans.
C’est un arc monumental taillé dans le rocher, les traces d’outils sont nettement visibles sur une des parois. Une demi arche, d’une ouverture de 3m et d’une flèche de 1m domine l’ensemble. Au niveau du sol, sa largeur est de 2 m 50, une banquette de 50cm de hauteur la borde des deux côtés. Une corniche souligne élégamment la naissance de l’arc. Le sol est un rocher très lisse sur lequel se distinguent très nettement deux rainures profondes, de 6 à 15 cm, et présentant un écartement variant de 1 m 41 à 1 m 48. En plusieurs endroits du chemin, ces traces se retrouvent.


La présence de cet ouvrage travaillé en pleine nature, loin de toute habitation pose de nombreuses questions. Les sculpteurs qui l’ont creusée ont certainement voulu signifier quelque chose, l’hypothèse actuelle est qu’elle symbolise la moitié du parcours de Grenoble à Briançon, et qu’elle pouvait également servir de péage.
« La porte des Romains a un cachet de grandeur incontestable, on ne peut s’empêcher d’éprouver de l’étonnement en observant le degré de perfection et le luxe apportés dans la forme extérieur de cette arcade élevée dans des lieux escarpés et solitaires, au bord d’un précipice où l’on aurait pu se contenter d’une ouverture brute. » Florian Vallentin (1877)

Musée des arts et des traditions de Mont de Lans « Chasal Lento » :
« Pour un moment plongez-vous dans le passé de notre région »

Chasal Lento, Au cœur du village de Mont de Lans, vous présente la vie passée et présente des habitants de l’Oisans.
Les colporteurs, le barrage du Chambon, la vie quotidienne de nos aïeux et la porte Romaine vous y sont racontés par des gens du pays.
Les expositions temporaires complètent régulièrement ces témoignages.
Dates et horaires d’ouverture :
Tous les jours
Eté : de juin à août : de 10h à 12h et de 15h à 19h
Hiver : de décembre à mai et vacances de la toussaint : de 14h à 18h.
En intersaison : uniquement sur rendez-vous
Tél.: +33 (0)4 76 80 23 97

Le pont « romain » d’Auris :
Et d’abord, pourquoi « pont romain » alors qu’il a été construit en 1849 ?
Probablement, comme le suppose Monsieur Bernard François, cette appellation est née de la mémoire collective ; car il existe bien des arguments en faveur d’un pont dans ces parages, dès l’époque romaine.
Depuis le Chambon, il n’y a pas d’autre endroit pour passer d’une rive à l’autre de la Romanche, et les Romains avaient besoin d’accéder aux deux rives, ne serait-ce que pour établir la « pax romana » jusque dans les endroits les plus reculés.
Plusieurs historiens sont d’accord aujourd’hui pour penser qu’il y avait bien une voie romaine sur la rive droite de la Romanche, même si ce n’était qu’une voie secondaire.
Il existe dans les parages un lieu dit « le champ du guâ », or guâ signifie gué, et l’on sait que les romains bâtissaient leurs ponts sur des gués quand ils en trouvaient. Cet ancien gué aurait même pu servir de passage bien avant l’époque romaine.
C’est vrai que l’on a jamais retrouvé à cet endroit le moindre vestige, ni romain ni plus récent, mais Allix vous en donne l’explication : toute cette partie de la Romanche est un cône de déjections.
« Avant la révolution, il y avait, en amont du pont Saint Guillerme, sur le territoire d’Auris, un moulin-battoir qui a été lentement enfoui sous la montée des alluvions, et ce souvenir historique nous aide à comprendre pourquoi on a jamais retrouvé aucune trace du pont romain qui devait apparemment se trouver dans ces environs à plusieurs mètres au dessous du fond actuel. »
Quoiqu’il en soit, pendant 20 siècles, Auris qui était une agglomération importante puisqu’on y a compté jusqu’à près de mille âmes, ne fut rattaché au reste du monde, que par son chemin de la Cheminée et son vieux pont.
On trouve encore des traces de pavage, dans certains lacets.
Au Moyen-Âge, et même plus tard, ce passage fut, à plusieurs reprises utilisé comme un tronçon de la « grande route » delphinale, puis royale, puis impériale.
On dit que pendant longtemps les seigneurs d’Auris s’opposèrent farouchement à la création d’une route plus facile, car il voulaient à tout prix éviter le passage de troupes sur leur territoire. Quand on voit tout ce qu’eut à subir Mont de Lans au cours de son histoire du fait du passage incessant des gens de guerre sur son « grand chemin », on se dit que les seigneurs Aurienchons n’avaient pas tort.
En 1720, on trouve une trace de la restauration du pont sur ordre de l’intendant du Dauphiné « le grand chemin était devenu impraticable dans ces parages, et jusqu’à ce que ladite chaussée soit faite » : une déviation, pendant les travaux en quelque sorte.
On ne bâtissait à cette époque que des ponts en bois, qui étaient et surtout celui là, continuellement emportés par les crues, dues à la fonte des neiges ou aux fortes pluies.
Ecoutons Marius Hostache nous raconter dans ses « souvenirs des montagnes de l’Oisans » l’histoire de son aïeul, vers les années 1840 : « mon arrière-grand-père, Maire d’Auris, avait engagé avec son conseil municipal, des pourparlers avec la préfecture, afin d’obtenir des subventions pour la construction d’un pont solide en maçonnerie. Une délégation envoyée de Grenoble par le Préfet, se rendit sur les lieux, c’est-à-dire de l’autre côté de la Romanche, pour rencontrer le Maire d’Auris. Mon arrière-grand-père voulu traverser la Romanche sur sa jument, qui était grande et forte, comme il le faisait souvent. Hélas ! il leur en coûta la vie à tous les deux. Le courant était plus fort qu’il ne l’avait prévu, et ils furent emportés. Leurs corps furent retrouvés dans la plaine de Bourg d’Oisans »
Le pont fut enfin construit en 1849, on le nomme « le vieux pont d’Auris ».
Nous laissons là Monsieur Marius Hostache, pour retrouver Monsieur Blaise Reymond, Maire d’Auris dans les années 1860. Voici ce qu’il écrivait le 12 avril 1861 au Maire de Mont de Lans, Monsieur Leydet :
« Très cher collègue. Je viens vous prier, vous et Messieurs les conseillers municipaux, d’avoir la bonté de nous autoriser à ouvrir un chemin vicinal dans le territoire de votre commune, c’est-à-dire rouvrir les lacets de l’ ancienne route impériale, de puis la Romanche, jusqu’à la route actuelle N91, entre la galerie du coin et le ruisseau des Commères. De plus encore, la construction de la culée du pont en pierre. Voilà, Monsieur le Maire, ce dont je viens vous prier, et si la commune d’Auris doit être pour quelque chose, vous voudrez bien en faire foi dans l’autorisation. Mais je crois que vous serez tous assez charitables envers les pauvres gens d’Auris qui, depuis si longtemps sont privés de communication avec votre commune de coté là ».
L’autorisation fut accordée et les archives d’Auris font mention de travaux sur ce pont, réceptionnés le 4 octobre 1862, avec la simple désignation « pont sur la Romanche, chemin de la Cheminée d’Auris ».
Il a été quelquefois appelé « pont du Diable » comme bon nombre d’autres ponts au-dessus de nos torrents de montagne.
Mais voilà que l’histoire étant un éternel recommencement, la municipalité d’Auris a contacté récemment ses « très chers collègues » de Mont de Lans au sujet de son vieux pont.
Le contexte est plus serein qu’en 1861, et Auris est maintenant désenclavé depuis 1902 par la route de l’Armentier, commencée en 1895, et depuis 1956 par le Freney. Mais avec juste raison, les deux municipalités veulent sauver ce vieux pont mitoyen aux deux communes, et d’un incontestable intérêt touristique.
Il va donc être restauré avec la bénédiction des Lentillons et des Aurienchons qui souhaitent longue vie encore à ce vénérable trait d’union entre les deux communes.

Le glacier du Mont de Lans :
On l'appelle souvent la plus grande calotte glaciaire d'Europe. En fait, ce n'est vrai qu'au 3/4, car s'il est bien le plus grand d'Europe, les géologues préfèrent le terme de glacier de plateau à celui de calotte glaciaire. Allix nous en donne l'explication : si le glacier du Mont de Lans a bien une forme générale convexe, il ne figure pas une vraie coupole sur tous les côtés. Il difflue bien sur 3 côtés selon la pente qui le porte, mais le quatrième côté au Sud, est coupé par un flanc abrupt et n'envoie qu'une langue insignifiante. Les autres, les glaciers de plateau sont peu développés en hauteur (le nôtre ne couvre qu'un maximum de 500 mètres en hauteur), ils sont étalés sur leur socle et peu encaissés, toutes caractéristiques qui correspondent bien au glacier du Mont de Lans. Nous conclurions donc à un glacier de plateau, plutôt qu'à une calotte glacière. L'ensemble du glacier de Mont de Lans couvre une superficie de 1260 hectares et mesure 7 Km de long. Il repose sur un plateau faiblement ondulé qui dépasse l'altitude de 3000 mètres. On est surpris de trouver, parmi une forêt de crêtes et de pics, cette vaste surface à formes molles. Son sous-sol et son "pendage" (niveau de pente des couches profondes), bien que plus élevés, sont identiques à ceux du plateau d'Emparis, situé de l'autre côté de la Romanche. Plusieurs scientifiques pensent qu'il s'agit d'un seul et même socle ancien, coupé ultérieurement par la combe de Malaval. On peut penser aussi que le plateau d'Emparis a été recouvert par un glacier lors d'une précédente glaciation. La roche porteuse, sous-sol du glacier du Mont de Lans, est constituée en partie d'une roche tendre, le lias shisteux et en partie d'une roche cristalline, plus dure et encore plus ancienne. La glace qui porte sur le lias est beaucoup plus mince que celle qui porte sur le cristallin. Cela confirme que "la roche tendre est ennemie de la glace".On en a la preuve au sommet du glacier. " La seule conductibilité du sol, laisse à découvert pendant tout l'été, un lambeau noir de plateau liasique, presque absolument plat". Il faut noter que cette observation a été faite en 1926, et que tous les travaux et bouleversements effectués depuis, ont pu en modifier l'aspect. Ce point était, selon Allix, l'endroit exact du sommet du glacier. L'alimentation naturelle du glacier du Mont de Lans, n'est assurée en grande partie que par les chutes de neige, étant donné l'absence de crêtes à avalanches. Il n'est donc constitué que de couches de neige pérennes en place. On pense qu'il y a eût une crue glaciaire au Moyen-Âge vers le XIII ième siècle, mais au XIV ième siècle, très exactement en 1318, un texte de l'époque indique que le glacier avait à peu près les mêmes limites que celles qu'on lui connaît aujourd'hui. On peut supposer que crues et décrues se sont succédées au cours des siècles suivants, mais sans autres précisions jusqu'en 1770. Vers 1770-1780, survient une décrue marquée, dont la coulée rocheuse du Jandri serait le vestige du lobe frontal. Au début du XIX ième siècle, se produit une forte crue suivie d'un grand recul qui débute vers 1865, suivie à son tour d'une crue secondaire à partir de 1891. A la lumière de ces mouvements dans le passé, on voit qu'il y a toujours eu alternance entre avancées et reculs de notre glacier, comme d'ailleurs, de beaucoup d'autres, ainsi que l'a étudié Monsieur Robert Vivian, glaciologue. Il est donc hasardeux d'avancer un pronostic, ou même un diagnostic définitif, sur les seules données de ces dernières années.
L'appellation "glacier du Mont de Lans", est relativement récente, pour la bonne raison qu'autrefois, les lieux ou l'on n'allait pas ou qui ne servaient pas de point de repère, n'étaient pas désignés par un nom particulier. Ce n'est qu'avec les débuts de l'alpinisme, qu'on a commencé à baptiser chaque endroit exploré. Une fois de plus c'est Allix qui nous l'explique et on peut le constater à l'examen de documents anciens. En 1602, une reconnaissance des limites de la commune de "Mont de Lent", c'était le glacier comme un endroit bien distinct entre la montagne de Rachat et le Mantel, mais sans lui donner d'autre nom que "le glacier". Un peu plus tard, entre 1803 et 1807, une carte de Cassini désigne tous les glaciers sans exception sous le nom de "glacières". On n'y voit guère non plus de noms de sommets, seulement le terme vague "montagne de …", s'appliquant à tout un massif. Par contre, tous les cols utilisés sont nommés et indiqués. Les années 1850 voient arriver dans notre région les excursionnistes anglais, qui vont rapidement devenir les premiers alpinistes. En 1855, Blackstone et Lipscomb, partant de la Grave, atteignent le col de la Lauze, mais c'est probablement Bonney qui, en 1863 fut le premier à franchir le glacier, et c'est peut-être à cette occasion que lui fut octroyé le nom de "glacier du Mont de Lans". Toujours est-il qu'en 1876, il était bien connu et répertorié sous ce titre. En effet, en Août 1876, plusieurs membres du CAF de Lyon, partant de la Grave, franchissent le col de la Lauze pour se rendre à Saint Christophe. Bien que se plaignant des cartes de l'époque, où ils constatent nombreux manques et erreurs, ils n'ont aucune hésitation sur le glacier du Mont de Lans, qu'ils nomment de façon très précise. On le retrouve un peu plus tard sur une carte de 1890, comme un repère définitif avec son nom net et sans bavures. Notre glacier n'a jamais eu d'autre nom officiel que celui de "glacier du Mont de Lans", malgré ce que certains ont tenté de faire croire pendant un moment. C'est aujourd'hui le plus grand glacier skiable d'Europe. Il est aménagé par Deux Alpes Loisirs. De nombreuses remontées mécaniques le desservent et permettent aux skieurs et snow-boarders de tous niveaux, de s'adonner à leur sport favori, été comme hiver dans cet univers de haute montagne. On peut aussi y visiter une grotte de glace, ornée de magnifiques sculptures, ou faire " la Croisière Blanche ", à bord d'une chenillette. C'est la CEMAGREF de Grenoble qui l'observe, ainsi que tous les glaciers alpins dans le cadre de sa recherche scientifique. Une station automatique mesure par l'intermédiaire de capteurs les variations climatiques et différents paramètres météorologiques. Notre vieille glacière sans nom est devenue notre superbe " glacier du Mont de Lans", un des plus beaux ornements de notre commune et des communes voisines. Il est intimement mêlé à la vie économique, scientifique, touristique de toute la région.

Syndicat d'Initiative de Mont de Lans le 20 juin 2005 – recherches : Babeth Besnier

Le lac de la « buissonnière » :

En 2005 a été inauguré le lac de la buissonière, ce lac artificiel a été construit à l'entrée de l'alpe de Mont de Lans, tout près de l'arrivée du téléphérique reliant le village à la station des Deux Alpes. Il est possible de s'y baigner ou tout simplement s'y reposer.




Le lac du Chambon : 

Le barrage fut construit entre 1928 et 1939.
Le lac a envahi la vallée de la Romanche où se blottissaient 3 hameaux: le Chambon, Le Dauphin et Le Pariset, leurs habitants ont dû déménager.





Quelques chiffres:
- longueur : 294 m
- hauteur totale : 134 m
- longueur du lac : 5 km
- largeur maxi : 600 m
- production : 210 gigaWatt/an ( 21 milliards de Kilowatts/heure )
- contenance : 48 millions de mètres cubes utilisés

LES TROIS VILLAGES ENGLOUTIS


Derrière son barrage qui domine de 88 M. le lit de la Romanche, s’étend cette surface scintillante de 126 hectares qu’est le Lac Chambon.

Le passant qui vient ici pour la 1ère fois, ne se doute pas que cette paisible étendue d’eau, où se reflètent les sommets environnants, recouvre toute une vie à jamais disparue :

Les 3 villages engloutis : le Chambon sur la commune du Mont de Lans, le Dauphin et Le Pariset sur la commune de Mizoën.

Ces villages qui comptaient à eux trois une centaine d’habitants, avaient une longue histoire.

A l’époque gallo-romaine, la voie romaine de l’Oisans, ou au moins une de ses variantes, passait vraisemblablement par là .En langue celtique, chambon signifiait : boucle, courbe de chemin ou rivière. Y eut-il déjà à cette époque un lieu-dit ?

Ce qui est sûr, c’est qu’on y passait au Moyen-âge. Ce passage, qu’on appelait « La petite route », et qui n’était, en fait, qu’un mauvais chemin muletier, descendait des hauteurs du Mont de Lans, après avoir contourné l’Infernet, et traversait la combe de Malaval. C’était l’itinéraire normal de Bourg d’Oisans à Briançon et aussi un raccourci de 3 journées de marche entre la France et l’Italie. Et bien sûr, il fallait des haltes sur ce chemin plein de difficultés et de dangers.

L’origine du hameau du Dauphin remonterait à cette époque. Le Dauphin Humbert 1er y aurait fondé un hospice, comme il y en eut plusieurs sur cette route inhospitalière ; un au Mont de Lans, qui fut incendié et démoli dès le 13ème siècle, l’hospice de Loches, dont on peut encore voir quelques pierres dans la combe de Malaval, et bien d’autres jusqu’au Lautaret.

Ces trois hameaux, Le Chambon et Le Dauphin sur la rive gauche de la Romanche, Le Pariset sur la rive droite, étaient peu ensoleillés dans leur fond de vallée étroite, froids et très enneigés en hiver .

Pourtant, situés sur un replat entre deux zones particulièrement difficiles, ils apparaissaient, à la belle saison, comme une oasis aux voyageurs, et nombre d’entre eux se sont accordés à reconnaître les charmes de « La Plaine du Dauphin », verdoyante avec ses jardins et ses nombreux arbres fruitiers.

Le village du Chambon, le plus en aval, se trouvait au confluent de la Romanche avec le torrent du Chambon, ce qui occasionnait quelques inconvénients aux riverains de cet impétueux ruisseau, dont les jardins étaient fréquemment inondés. Le village avait sa chapelle et 2 moulins.

Quelques 1500 M. en amont, se situait le hameau du Dauphin, avec ses deux auberges : le Fays et l’auberge du Dauphin, haltes incontournables sur cette difficile voie de passage.

Enfin, en remontant encore un peu le cours de la Romanche, mais sur l’autre rive rejointe par une légère passerelle en bois, un peu plus haut sur les pentes de Mizoën, on trouvait le hameau du Pariset, avec ses quelques maisons et sa petite chapelle.

Jusqu’à la création de la route, au 19ème siècle, les habitants ont vécu dans une pauvreté certaine et une solitude relative. Ils vivaient de leurs maigres cultures et élevaient quelques animaux.

Les hivers étaient longs, la terre et le climat ingrats. Les hommes valides, comme dans tous les villages environnants, s’expatriaient pendant la mauvaise saison pour pratiquer le colportage.

Les éboulements dans les parages étaient fréquents, notamment au lieu-dit La Balmette, et les habitants étaient alors réquisitionnés pour le déblaiement.

La légende parle d’attaques de brigands dans la combe de Malaval, et ce n’est probablement pas qu’une légende.

Les échanges se faisaient surtout avec le Briançonnais. Les habitants préféraient les contacts avec cette région plutôt que de descendre le cours de la Romanche. D’ailleurs, les patois étaient différents de part et d’autre de l’Infernet.

Mais, malgré sa fragilité et ses dangers, ce mauvais chemin voyait quand même passer du monde : commerçants, colporteurs, et surtout, militaires.

De tous temps, cette petite route a été empruntée par l’armée, qui appréciait le raccourci, en cette zone frontalière. C’est probablement avant tout pour des raisons de stratégie militaire, que Napoléon 1er conçut un projet de grands travaux routiers à travers le Dauphiné. C’était aussi, bien sûr, pour « vivifier une vallée pauvre et misérable »

A partir de cette période, va intervenir un premier grand chamboulement pour nos trois villages : La Grande Route.

Néanmoins, commencée sous le 1er Empire, elle n’est pas encore arrivée jusqu’à eux en 1839, puisque cette année là, les ingénieurs discutent encore de son tracé dans le village du Dauphin C’est au cours des années 1840 que les travaux débutent enfin chez eux. L’ancien pont de bois sur la Romanche au dessous du Pariset est reconstruit en pierre un peu en aval, et devient le pont du Dauphin. On peut encore le voir à l’époque des basses eaux.

En 1852 la route est enfin carrossable, l’organisation s’achève, et en 1853, l’Auberge Gravier, la vieille Auberge du Dauphin devient officiellement relais pour les diligences et les voitures de roulage.

Pendant quelques années, grâce à la Grande Route, les trois villages vont voir leurs vies se transformer et connaître un relatif développement. L’auberge va créer quelques emplois. Il y aura à la belle saison, plusieurs passages de diligences par jour, et le roulage va devenir de plus en plus important. Quand on pense que la diligence mettait 16 heures de Grenoble à Briançon, on comprend l’utilité des escales. Utilité encore plus grande pour les voitures de roulage qui mettaient 4 jours en hiver. Il fallait alors opérer les transbordements dans les traîneaux pour passer le Lautaret, tant pour les marchandises que pour les voyageurs.

La vie continue pour les habitants et s’améliore un peu : il y a un charpentier, un forgeron, deux meuniers, et un maréchal-ferrant à cause des chevaux.

Le Dauphin a son école, fréquentée par une douzaine d’enfants, venant des 3 villages.

Mais à partir de 1885, le succès de la route va, hélas, décliner, à cause de l’arrivée du Chemin de Fer à Briançon. L’accès à cette contrée se fera désormais principalement par la vallée de la Durance au détriment du Lautaret.

La fonction commerciale de la nouvelle route n’aura eu son apogée que pendant une génération, son trafic diminue, et nos trois villages retombent presque dans l’oubli.

Après la Grande Guerre, la naissance du tourisme fera un peu revivre ce coin de vallée pendant quelques semaines d’été, avec les premiers automobilistes, et la naissance des entreprises d’autocars. L’aventure n’aura duré que peu de temps, remplacée par la voie ferrée.

Quelques dégourdis arrivaient peut-être à tirer leur épingle du jeu.

On racontait qu’un certain habitant du Dauphin avait réussi à élever dignement sa famille avec le produit de sa pêche de truites, qu’il vendait à l’auberge Gravier, et au Freney. Légende ?

Dans les années 1922 à 1927, une petite entreprise d’ardoises fut créée par un Monsieur Dechassy, qui venait du Nord. Installé dans le voisinage de l’auberge du Dauphin, il montait extraire des blocs de schiste dans des galeries en bordure de l’actuelle route 1091, où elles sont encore visibles. Il recrutait sa main-d’œuvre à Mizoën, et vendait ses ardoises dans les villages voisins, car on préférait ce matériau au chaume, à cause des incendies.

Les trois villages, s’ils avaient deux meuniers, n’avaient pas de boulanger.

A l’automne, après avoir retenu son tour chez le boulanger du Freney, on faisait « une fournée », c’est à dire des tourtes de pain de seigle pour toute l’année…comme dans la plupart des autres villages.


L’été, on faisait les foins. Il fallait être sur place à 5 H. du matin, et être un bon faucheur, car le foin d’altitude est très court. Au Dauphin, on allait faucher jusqu’au Plateau d’Emparis, et on redescendait, deux fois dans la journée, avec un mulet portant au bât, deux ballons de 50 kg.

Les femmes du Dauphin allaient faner à la faucille, jusqu’à 2000 m. d’altitude. Elles rentraient le soir, portant sur leur dos un « parturier » de 20 kgs de foin.

Il n’y avait évidemment pas l’eau courante.

Au Chambon, une fontaine avec un bassin, au milieu du village, était censée assurer les besoins en eau de tout le hameau. En fait, c’était bien insuffisant, tant en qualité qu’en quantité.. Malgré les efforts de la Commune et des habitants, on n’arriva jamais à des résultats satisfaisants, faute de finances

La dernière institutrice en poste à l’école du Dauphin pendant les années 20, nous décrit la vie pauvre et pénible des habitants, cependant très attachants, dans un petit livre fort émouvant.

Sous le titre « L’Ecole engloutie » il a été édité par Les Amis des Musées et se trouve en vente au Musée Chasal Lento.

Elle évoque, sans trop y croire, le gigantesque projet qui va à nouveau bouleverser ce petit coin de terre. Mais ce sera le dernier, car il clora définitivement l’existence de nos trois hameaux. Ce sera le Barrage du Chambon, à l’époque, l’un des plus grands, et le plus haut d’Europe.

Les premières études commencées en 1921 rencontrèrent un certain scepticisme auprès de la population. Comment imaginer un tel raz de marée ? Et pourtant, il fallut bien s’y faire et accepter l’évidence. Ce n’était pas un cauchemar, ça allait bien arriver. L’eau allait recouvrir leur petit univers.

Les travaux commencèrent en 1928 La mise en eau eut lieu en 1935.

Sur l’histoire du gigantesque chantier, la cohabitation avec les ouvriers, les dernières années des villages, puis les adieux définitifs, le départ, la montée des eaux, bien des souvenirs ont été écrits, aussi documentés et émouvants les uns que les autres.

L’un de nos concitoyens, témoin de cette époque, a quelquefois évoqué ce passé devant des journalistes, qui en ont tiré de très bons articles .Plusieurs d’entre eux ont été conservés et peuvent être consultés au Musée Chasal Lento.

Avant l’immersion, en 1926, deux habitants ont composé un poème qui est parvenu jusqu’à nous : « Pauvre Dauphin, tu as vécu ». La sincérité de leur chagrin y passe tout entière, dans la simplicité de leurs mots de tous les jours.

Nos trois villages n’auront pas connu la naissance des stations voisines et l’expansion du tourisme local, qui auraient amélioré, et même transformé leur existence. Leurs habitants se sont essaimés dans les environs, ou plus loin.

Le Pariset, Le Dauphin, Le Chambon sont morts, disparus à jamais sous les eaux du lac destiné à améliorer la qualité de vie et l’économie de toute la région.

Mais quand nous passons par là, ayons une petite pensée pour eux, et rendons leur un hommage muet et discret.

La cascade de la Pisse :








A la sortie du village de Mont de Lans, prendre la route de Cuculet, passez dessous la déviation de Mont de Lans, continuez sur la route pendant 1,5 km. Passez sur le pont de la Pisse puis prendre le chemin sur la droite longeant le torrent. Puis continuez à monter jusqu'à la cascade de la Pisse.












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