La porte "romaine de Bons" :
Située
au-dessous du hameau de Bons, sur la commune
de Mont de Lans, elle enjambe le chemin descendant
vers le châtelard et Bourg d’Oisans.
C’est un arc monumental taillé dans le rocher,
les traces d’outils sont nettement visibles
sur une des parois. Une demi arche, d’une ouverture
de 3m et d’une flèche de 1m domine l’ensemble.
Au niveau du sol, sa largeur est de 2 m 50,
une banquette de 50cm de hauteur la borde des
deux côtés. Une corniche souligne élégamment
la naissance de l’arc. Le sol est un rocher
très lisse sur lequel se distinguent très nettement
deux rainures profondes, de 6 à 15 cm, et présentant
un écartement variant de 1 m 41 à 1 m 48. En
plusieurs endroits du chemin, ces traces se
retrouvent.


La
présence de cet ouvrage travaillé en pleine
nature, loin de toute habitation pose de nombreuses
questions. Les sculpteurs qui l’ont creusée
ont certainement voulu signifier quelque chose,
l’hypothèse actuelle est qu’elle symbolise la
moitié du parcours de Grenoble à Briançon, et
qu’elle pouvait également servir de péage.
« La porte des Romains a un cachet de grandeur
incontestable, on ne peut s’empêcher d’éprouver
de l’étonnement en observant le degré de perfection
et le luxe apportés dans la forme extérieur
de cette arcade élevée dans des lieux escarpés
et solitaires, au bord d’un précipice où l’on
aurait pu se contenter d’une ouverture brute.
» Florian Vallentin (1877)
Musée des arts et des traditions
de Mont de Lans « Chasal Lento » :
« Pour un moment plongez-vous dans le passé
de notre région »


Chasal Lento, Au cœur du village de Mont de
Lans, vous présente la vie passée et présente
des habitants de l’Oisans.
Les colporteurs, le barrage du Chambon, la vie
quotidienne de nos aïeux et la porte Romaine
vous y sont racontés par des gens du pays.
Les expositions temporaires complètent régulièrement
ces témoignages.
Dates et horaires d’ouverture :
Tous les jours
Eté : de juin à août : de 10h à 12h et de 15h
à 19h
Hiver : de décembre à mai et vacances de la
toussaint : de 14h à 18h.
En intersaison : uniquement sur rendez-vous
Tél.: +33 (0)4 76 80 23 97
Le pont « romain » d’Auris
:
Et d’abord, pourquoi
« pont romain »
alors qu’il a été construit en 1849 ?
Probablement, comme le suppose Monsieur Bernard
François, cette appellation est née de la mémoire
collective ; car il existe bien des arguments
en faveur d’un pont dans ces parages, dès l’époque
romaine.
Depuis le Chambon, il n’y a pas d’autre endroit
pour passer d’une rive à l’autre de la Romanche,
et les Romains avaient besoin d’accéder aux
deux rives, ne serait-ce que pour établir la
« pax romana » jusque dans les endroits les
plus reculés.
Plusieurs historiens sont d’accord aujourd’hui
pour penser qu’il y avait bien une voie romaine
sur la rive droite de la Romanche, même si ce
n’était qu’une voie secondaire.
Il existe dans les parages un lieu dit « le
champ du guâ », or guâ signifie gué, et l’on
sait que les romains bâtissaient leurs ponts
sur des gués quand ils en trouvaient. Cet ancien
gué aurait même pu servir de passage bien avant
l’époque romaine.
C’est vrai que l’on a jamais retrouvé à cet
endroit le moindre vestige, ni romain ni plus
récent, mais Allix vous en donne l’explication
: toute cette partie de la Romanche est un cône
de déjections.
« Avant la révolution, il y avait, en amont
du pont Saint Guillerme, sur le territoire d’Auris,
un moulin-battoir qui a été lentement enfoui
sous la montée des alluvions, et ce souvenir
historique nous aide à comprendre pourquoi on
a jamais retrouvé aucune trace du pont romain
qui devait apparemment se trouver dans ces environs
à plusieurs mètres au dessous du fond actuel.
»
Quoiqu’il en soit, pendant 20 siècles, Auris
qui était une agglomération importante puisqu’on
y a compté jusqu’à près de mille âmes, ne fut
rattaché au reste du monde, que par son chemin
de la Cheminée et son vieux pont.
On trouve encore des traces de pavage, dans
certains lacets.
Au Moyen-Âge, et même plus tard, ce passage
fut, à plusieurs reprises utilisé comme un tronçon
de la « grande route » delphinale, puis royale,
puis impériale.
On dit que pendant longtemps les seigneurs d’Auris
s’opposèrent farouchement à la création d’une
route plus facile, car il voulaient à tout prix
éviter le passage de troupes sur leur territoire.
Quand on voit tout ce qu’eut à subir Mont de
Lans au cours de son histoire du fait du passage
incessant des gens de guerre sur son « grand
chemin », on se dit que les seigneurs Aurienchons
n’avaient pas tort.
En 1720, on trouve une trace de la restauration
du pont sur ordre de l’intendant du Dauphiné
« le grand chemin était devenu impraticable
dans ces parages, et jusqu’à ce que ladite chaussée
soit faite » : une déviation, pendant les travaux
en quelque sorte.
On ne bâtissait à cette époque que des ponts
en bois, qui étaient et surtout celui là, continuellement
emportés par les crues, dues à la fonte des
neiges ou aux fortes pluies.
Ecoutons Marius Hostache nous raconter dans
ses « souvenirs des montagnes de l’Oisans »
l’histoire de son aïeul, vers les années 1840
: « mon arrière-grand-père, Maire d’Auris, avait
engagé avec son conseil municipal, des pourparlers
avec la préfecture, afin d’obtenir des subventions
pour la construction d’un pont solide en maçonnerie.
Une délégation envoyée de Grenoble par le Préfet,
se rendit sur les lieux, c’est-à-dire de l’autre
côté de la Romanche, pour rencontrer le Maire
d’Auris. Mon arrière-grand-père voulu traverser
la Romanche sur sa jument, qui était grande
et forte, comme il le faisait souvent. Hélas
! il leur en coûta la vie à tous les deux. Le
courant était plus fort qu’il ne l’avait prévu,
et ils furent emportés. Leurs corps furent retrouvés
dans la plaine de Bourg d’Oisans »
Le pont fut enfin construit en 1849, on le nomme
« le vieux pont d’Auris ».
Nous laissons là Monsieur Marius Hostache, pour
retrouver Monsieur Blaise Reymond, Maire d’Auris
dans les années 1860. Voici ce qu’il écrivait
le 12 avril 1861 au Maire de Mont de Lans, Monsieur
Leydet :
« Très cher collègue. Je viens vous prier, vous
et Messieurs les conseillers municipaux, d’avoir
la bonté de nous autoriser à ouvrir un chemin
vicinal dans le territoire de votre commune,
c’est-à-dire rouvrir les lacets de l’ ancienne
route impériale, de puis la Romanche, jusqu’à
la route actuelle N91, entre la galerie du coin
et le ruisseau des Commères. De plus encore,
la construction de la culée du pont en pierre.
Voilà, Monsieur le Maire, ce dont je viens vous
prier, et si la commune d’Auris doit être pour
quelque chose, vous voudrez bien en faire foi
dans l’autorisation. Mais je crois que vous
serez tous assez charitables envers les pauvres
gens d’Auris qui, depuis si longtemps sont privés
de communication avec votre commune de coté
là ».
L’autorisation fut accordée et les archives
d’Auris font mention de travaux sur ce pont,
réceptionnés le 4 octobre 1862, avec la simple
désignation « pont sur la Romanche, chemin de
la Cheminée d’Auris ».
Il a été quelquefois appelé « pont du Diable
» comme bon nombre d’autres ponts au-dessus
de nos torrents de montagne.
Mais voilà que l’histoire étant un éternel recommencement,
la municipalité d’Auris a contacté récemment
ses « très chers collègues » de Mont de Lans
au sujet de son vieux pont.
Le contexte est plus serein qu’en 1861, et Auris
est maintenant désenclavé depuis 1902 par la
route de l’Armentier, commencée en 1895, et
depuis 1956 par le Freney. Mais avec juste raison,
les deux municipalités veulent sauver ce vieux
pont mitoyen aux deux communes, et d’un incontestable
intérêt touristique.
Il va donc être restauré avec la bénédiction
des Lentillons et des Aurienchons qui souhaitent
longue vie encore à ce vénérable trait d’union
entre les deux communes.
Le glacier du Mont de Lans
:

On l'appelle souvent la plus grande calotte
glaciaire d'Europe. En fait, ce n'est vrai qu'au
3/4, car s'il est bien le plus grand d'Europe,
les géologues préfèrent le terme de glacier
de plateau à celui de calotte glaciaire. Allix
nous en donne l'explication : si le glacier
du Mont de Lans a bien une forme générale convexe,
il ne figure pas une vraie coupole sur tous
les côtés. Il difflue bien sur 3 côtés selon
la pente qui le porte, mais le quatrième côté
au Sud, est coupé par un flanc abrupt et n'envoie
qu'une langue insignifiante. Les autres, les
glaciers de plateau sont peu développés en hauteur
(le nôtre ne couvre qu'un maximum de 500 mètres
en hauteur), ils sont étalés sur leur socle
et peu encaissés, toutes caractéristiques qui
correspondent bien au glacier du Mont de Lans.
Nous conclurions donc à un glacier de plateau,
plutôt qu'à une calotte glacière. L'ensemble
du glacier de Mont de Lans couvre une superficie
de 1260 hectares et mesure 7 Km de long. Il
repose sur un plateau faiblement ondulé qui
dépasse l'altitude de 3000 mètres. On est surpris
de trouver, parmi une forêt de crêtes et de
pics, cette vaste surface à formes molles. Son
sous-sol et son "pendage" (niveau de pente des
couches profondes), bien que plus élevés, sont
identiques à ceux du plateau d'Emparis, situé
de l'autre côté de la Romanche. Plusieurs scientifiques
pensent qu'il s'agit d'un seul et même socle
ancien, coupé ultérieurement par la combe de
Malaval. On peut penser aussi que le plateau
d'Emparis a été recouvert par un glacier lors
d'une précédente glaciation. La roche porteuse,
sous-sol du glacier du Mont de Lans, est constituée
en partie d'une roche tendre, le lias shisteux
et en partie d'une roche cristalline, plus dure
et encore plus ancienne. La glace qui porte
sur le lias est beaucoup plus mince que celle
qui porte sur le cristallin. Cela confirme que
"la roche tendre est ennemie de la glace".On
en a la preuve au sommet du glacier. " La seule
conductibilité du sol, laisse à découvert pendant
tout l'été, un lambeau noir de plateau liasique,
presque absolument plat". Il faut noter que
cette observation a été faite en 1926, et que
tous les travaux et bouleversements effectués
depuis, ont pu en modifier l'aspect. Ce point
était, selon Allix, l'endroit exact du sommet
du glacier. L'alimentation naturelle du glacier
du Mont de Lans, n'est assurée en grande partie
que par les chutes de neige, étant donné l'absence
de crêtes à avalanches. Il n'est donc constitué
que de couches de neige pérennes en place. On
pense qu'il y a eût une crue glaciaire au Moyen-Âge
vers le XIII ième siècle, mais au XIV ième siècle,
très exactement en 1318, un texte de l'époque
indique que le glacier avait à peu près les
mêmes limites que celles qu'on lui connaît aujourd'hui.
On peut supposer que crues et décrues se sont
succédées au cours des siècles suivants, mais
sans autres précisions jusqu'en 1770. Vers 1770-1780,
survient une décrue marquée, dont la coulée
rocheuse du Jandri serait le vestige du lobe
frontal. Au début du XIX ième siècle, se produit
une forte crue suivie d'un grand recul qui débute
vers 1865, suivie à son tour d'une crue secondaire
à partir de 1891. A la lumière de ces mouvements
dans le passé, on voit qu'il y a toujours eu
alternance entre avancées et reculs de notre
glacier, comme d'ailleurs, de beaucoup d'autres,
ainsi que l'a étudié Monsieur Robert Vivian,
glaciologue. Il est donc hasardeux d'avancer
un pronostic, ou même un diagnostic définitif,
sur les seules données de ces dernières années.

L'appellation "glacier du Mont de Lans", est
relativement récente, pour la bonne raison qu'autrefois,
les lieux ou l'on n'allait pas ou qui ne servaient
pas de point de repère, n'étaient pas désignés
par un nom particulier. Ce n'est qu'avec les
débuts de l'alpinisme, qu'on a commencé à baptiser
chaque endroit exploré. Une fois de plus c'est
Allix qui nous l'explique et on peut le constater
à l'examen de documents anciens. En 1602, une
reconnaissance des limites de la commune de
"Mont de Lent", c'était le glacier comme un
endroit bien distinct entre la montagne de Rachat
et le Mantel, mais sans lui donner d'autre nom
que "le glacier". Un peu plus tard, entre 1803
et 1807, une carte de Cassini désigne tous les
glaciers sans exception sous le nom de "glacières".
On n'y voit guère non plus de noms de sommets,
seulement le terme vague "montagne de …", s'appliquant
à tout un massif. Par contre, tous les cols
utilisés sont nommés et indiqués. Les années
1850 voient arriver dans notre région les excursionnistes
anglais, qui vont rapidement devenir les premiers
alpinistes. En 1855, Blackstone et Lipscomb,
partant de la Grave, atteignent le col de la
Lauze, mais c'est probablement Bonney qui, en
1863 fut le premier à franchir le glacier, et
c'est peut-être à cette occasion que lui fut
octroyé le nom de "glacier du Mont de Lans".
Toujours est-il qu'en 1876, il était bien connu
et répertorié sous ce titre. En effet, en Août
1876, plusieurs membres du CAF de Lyon, partant
de la Grave, franchissent le col de la Lauze
pour se rendre à Saint Christophe. Bien que
se plaignant des cartes de l'époque, où ils
constatent nombreux manques et erreurs, ils
n'ont aucune hésitation sur le glacier du Mont
de Lans, qu'ils nomment de façon très précise.
On le retrouve un peu plus tard sur une carte
de 1890, comme un repère définitif avec son
nom net et sans bavures. Notre glacier n'a jamais
eu d'autre nom officiel que celui de "glacier
du Mont de Lans", malgré ce que certains ont
tenté de faire croire pendant un moment. C'est
aujourd'hui le plus grand glacier skiable d'Europe.
Il est aménagé par Deux Alpes Loisirs. De nombreuses
remontées mécaniques le desservent et permettent
aux skieurs et snow-boarders de tous niveaux,
de s'adonner à leur sport favori, été comme
hiver dans cet univers de haute montagne. On
peut aussi y visiter une grotte de glace, ornée
de magnifiques sculptures, ou faire " la Croisière
Blanche ", à bord d'une chenillette. C'est la
CEMAGREF de Grenoble qui l'observe, ainsi que
tous les glaciers alpins dans le cadre de sa
recherche scientifique. Une station automatique
mesure par l'intermédiaire de capteurs les variations
climatiques et différents paramètres météorologiques.
Notre vieille glacière sans nom est devenue
notre superbe " glacier du Mont de Lans", un
des plus beaux ornements de notre commune et
des communes voisines. Il est intimement mêlé
à la vie économique, scientifique, touristique
de toute la région.
Syndicat d'Initiative de Mont de Lans le 20
juin 2005 – recherches : Babeth Besnier
Le lac de la « buissonnière
» :

En
2005 a été inauguré le lac de la buissonière,
ce lac artificiel a été construit à l'entrée
de l'alpe de Mont de Lans, tout près de l'arrivée
du téléphérique reliant le village à la station
des Deux Alpes. Il est possible de s'y baigner
ou tout simplement s'y reposer.
Le lac du Chambon :
Le barrage fut construit entre 1928 et 1939.
Le lac a envahi la vallée de la Romanche où se
blottissaient 3 hameaux: le Chambon, Le Dauphin et Le Pariset, leurs
habitants ont dû déménager.
Quelques chiffres:
- longueur : 294 m
- hauteur totale : 134 m
- longueur du lac : 5 km
- largeur maxi : 600 m
- production : 210 gigaWatt/an ( 21 milliards de Kilowatts/heure )
- contenance : 48 millions de mètres cubes utilisés
LES TROIS
VILLAGES ENGLOUTIS
Derrière son barrage qui domine de 88
M. le lit de la Romanche, s’étend cette surface scintillante de
126 hectares qu’est le Lac Chambon.
Le passant qui vient ici pour la 1ère
fois, ne se doute pas que cette paisible étendue d’eau, où se
reflètent les sommets environnants, recouvre toute une vie à jamais
disparue :
Les 3 villages engloutis : le
Chambon sur la commune du Mont de Lans, le Dauphin et Le Pariset sur
la commune de Mizoën.
Ces villages qui comptaient à eux
trois une centaine d’habitants, avaient une longue histoire.
A l’époque gallo-romaine, la voie
romaine de l’Oisans, ou au moins une de ses variantes, passait
vraisemblablement par là .En langue celtique, chambon signifiait :
boucle, courbe de chemin ou rivière. Y eut-il déjà à cette époque
un lieu-dit ?
Ce qui est sûr, c’est qu’on y
passait au Moyen-âge. Ce passage, qu’on appelait « La petite
route », et qui n’était, en fait, qu’un mauvais chemin
muletier, descendait des hauteurs du Mont de Lans, après avoir
contourné l’Infernet, et traversait la combe de Malaval. C’était
l’itinéraire normal de Bourg d’Oisans à Briançon et aussi un
raccourci de 3 journées de marche entre la France et l’Italie. Et
bien sûr, il fallait des haltes sur ce chemin plein de difficultés
et de dangers.
L’origine du hameau du Dauphin
remonterait à cette époque. Le Dauphin Humbert 1er y
aurait fondé un hospice, comme il y en eut plusieurs sur cette route
inhospitalière ; un au Mont de Lans, qui fut incendié et
démoli dès le 13ème siècle, l’hospice de Loches,
dont on peut encore voir quelques pierres dans la combe de Malaval,
et bien d’autres jusqu’au Lautaret.
Ces trois hameaux, Le Chambon et Le
Dauphin sur la rive gauche de la Romanche, Le Pariset sur la rive
droite, étaient peu ensoleillés dans leur fond de vallée étroite,
froids et très enneigés en hiver .
Pourtant, situés sur un replat entre
deux zones particulièrement difficiles, ils apparaissaient, à la
belle saison, comme une oasis aux voyageurs, et nombre d’entre eux
se sont accordés à reconnaître les charmes de « La Plaine du
Dauphin », verdoyante avec ses jardins et ses nombreux arbres
fruitiers.
Le village du Chambon, le plus en aval,
se trouvait au confluent de la Romanche avec le torrent du Chambon,
ce qui occasionnait quelques inconvénients aux riverains de cet
impétueux ruisseau, dont les jardins étaient fréquemment inondés.
Le village avait sa chapelle et 2 moulins.
Quelques 1500 M. en amont, se situait
le hameau du Dauphin, avec ses deux auberges : le Fays et
l’auberge du Dauphin, haltes incontournables sur cette difficile
voie de passage.
Enfin, en remontant encore un peu le
cours de la Romanche, mais sur l’autre rive rejointe par une légère
passerelle en bois, un peu plus haut sur les pentes de Mizoën, on
trouvait le hameau du Pariset, avec ses quelques maisons et sa petite
chapelle.
Jusqu’à la création de la route, au
19ème siècle, les habitants ont vécu dans une pauvreté
certaine et une solitude relative. Ils vivaient de leurs maigres
cultures et élevaient quelques animaux.
Les hivers étaient longs, la terre et
le climat ingrats. Les hommes valides, comme dans tous les villages
environnants, s’expatriaient pendant la mauvaise saison pour
pratiquer le colportage.
Les éboulements dans les parages
étaient fréquents, notamment au lieu-dit La Balmette, et les
habitants étaient alors réquisitionnés pour le déblaiement.
La légende parle d’attaques de
brigands dans la combe de Malaval, et ce n’est probablement pas
qu’une légende.
Les échanges se faisaient surtout avec
le Briançonnais. Les habitants préféraient les contacts avec cette
région plutôt que de descendre le cours de la Romanche. D’ailleurs,
les patois étaient différents de part et d’autre de l’Infernet.
Mais, malgré sa fragilité et ses
dangers, ce mauvais chemin voyait quand même passer du monde :
commerçants, colporteurs, et surtout, militaires.
De tous temps, cette petite route a été
empruntée par l’armée, qui appréciait le raccourci, en cette
zone frontalière. C’est probablement avant tout pour des raisons
de stratégie militaire, que Napoléon 1er conçut un
projet de grands travaux routiers à travers le Dauphiné. C’était
aussi, bien sûr, pour « vivifier une vallée pauvre et
misérable »
A partir de cette période, va
intervenir un premier grand chamboulement pour nos trois villages :
La Grande Route.
Néanmoins, commencée sous le 1er
Empire, elle n’est pas encore arrivée jusqu’à eux en 1839,
puisque cette année là, les ingénieurs discutent encore de son
tracé dans le village du Dauphin C’est au cours des années 1840
que les travaux débutent enfin chez eux. L’ancien pont de bois sur
la Romanche au dessous du Pariset est reconstruit en pierre un peu en
aval, et devient le pont du Dauphin. On peut encore le voir à
l’époque des basses eaux.
En 1852 la route est enfin carrossable,
l’organisation s’achève, et en 1853, l’Auberge Gravier, la
vieille Auberge du Dauphin devient officiellement relais pour les
diligences et les voitures de roulage.
Pendant quelques années, grâce à la
Grande Route, les trois villages vont voir leurs vies se transformer
et connaître un relatif développement. L’auberge va créer
quelques emplois. Il y aura à la belle saison, plusieurs passages de
diligences par jour, et le roulage va devenir de plus en plus
important. Quand on pense que la diligence mettait 16 heures de
Grenoble à Briançon, on comprend l’utilité des escales. Utilité
encore plus grande pour les voitures de roulage qui mettaient 4 jours
en hiver. Il fallait alors opérer les transbordements dans les
traîneaux pour passer le Lautaret, tant pour les marchandises que
pour les voyageurs.
La vie continue pour les habitants et
s’améliore un peu : il y a un charpentier, un forgeron, deux
meuniers, et un maréchal-ferrant à cause des chevaux.
Le Dauphin a son école, fréquentée
par une douzaine d’enfants, venant des 3 villages.
Mais à partir de 1885, le succès de
la route va, hélas, décliner, à cause de l’arrivée du Chemin de
Fer à Briançon. L’accès à cette contrée se fera désormais
principalement par la vallée de la Durance au détriment du
Lautaret.
La fonction commerciale de la nouvelle
route n’aura eu son apogée que pendant une génération, son
trafic diminue, et nos trois villages retombent presque dans
l’oubli.
Après la Grande Guerre, la naissance
du tourisme fera un peu revivre ce coin de vallée pendant quelques
semaines d’été, avec les premiers automobilistes, et la naissance
des entreprises d’autocars. L’aventure n’aura duré que peu de
temps, remplacée par la voie ferrée.
Quelques dégourdis arrivaient
peut-être à tirer leur épingle du jeu.
On racontait qu’un certain habitant
du Dauphin avait réussi à élever dignement sa famille avec le
produit de sa pêche de truites, qu’il vendait à l’auberge
Gravier, et au Freney. Légende ?
Dans les années 1922 à 1927, une
petite entreprise d’ardoises fut créée par un Monsieur Dechassy,
qui venait du Nord. Installé dans le voisinage de l’auberge du
Dauphin, il montait extraire des blocs de schiste dans des galeries
en bordure de l’actuelle route 1091, où elles sont encore
visibles. Il recrutait sa main-d’œuvre à Mizoën, et vendait ses
ardoises dans les villages voisins, car on préférait ce matériau
au chaume, à cause des incendies.
Les trois villages, s’ils avaient
deux meuniers, n’avaient pas de boulanger.
A l’automne, après avoir retenu son
tour chez le boulanger du Freney, on faisait « une fournée »,
c’est à dire des tourtes de pain de seigle pour toute
l’année…comme dans la plupart des autres villages.
L’été, on faisait les foins. Il
fallait être sur place à 5 H. du matin, et être un bon faucheur,
car le foin d’altitude est très court. Au Dauphin, on allait
faucher jusqu’au Plateau d’Emparis, et on redescendait, deux fois
dans la journée, avec un mulet portant au bât, deux ballons de 50
kg.
Les femmes du Dauphin allaient faner à
la faucille, jusqu’à 2000 m. d’altitude. Elles rentraient le
soir, portant sur leur dos un « parturier » de 20 kgs de
foin.
Il n’y avait évidemment pas l’eau
courante.
Au Chambon, une fontaine avec un
bassin, au milieu du village, était censée assurer les besoins en
eau de tout le hameau. En fait, c’était bien insuffisant, tant en
qualité qu’en quantité.. Malgré les efforts de la Commune et des
habitants, on n’arriva jamais à des résultats satisfaisants,
faute de finances
La dernière institutrice en poste à
l’école du Dauphin pendant les années 20, nous décrit la vie
pauvre et pénible des habitants, cependant très attachants, dans
un petit livre fort émouvant.
Sous le titre « L’Ecole
engloutie » il a été édité par Les Amis des Musées et
se trouve en vente au Musée Chasal Lento.
Elle évoque, sans trop y croire, le
gigantesque projet qui va à nouveau bouleverser ce petit coin de
terre. Mais ce sera le dernier, car il clora définitivement
l’existence de nos trois hameaux. Ce sera le Barrage du Chambon, à
l’époque, l’un des plus grands, et le plus haut d’Europe.
Les premières études commencées en
1921 rencontrèrent un certain scepticisme auprès de la population.
Comment imaginer un tel raz de marée ? Et pourtant, il fallut
bien s’y faire et accepter l’évidence. Ce n’était pas un
cauchemar, ça allait bien arriver. L’eau allait recouvrir leur
petit univers.
Les travaux commencèrent en 1928 La
mise en eau eut lieu en 1935.
Sur l’histoire du gigantesque
chantier, la cohabitation avec les ouvriers, les dernières années
des villages, puis les adieux définitifs, le départ, la montée des
eaux, bien des souvenirs ont été écrits, aussi documentés et
émouvants les uns que les autres.
L’un de nos concitoyens, témoin de
cette époque, a quelquefois évoqué ce passé devant des
journalistes, qui en ont tiré de très bons articles .Plusieurs
d’entre eux ont été conservés et peuvent être consultés au
Musée Chasal Lento.
Avant l’immersion, en 1926, deux
habitants ont composé un poème qui est parvenu jusqu’à nous :
« Pauvre Dauphin, tu as vécu ». La sincérité de leur
chagrin y passe tout entière, dans la simplicité de leurs mots de
tous les jours.
Nos trois villages n’auront pas connu
la naissance des stations voisines et l’expansion du tourisme
local, qui auraient amélioré, et même transformé leur existence.
Leurs habitants se sont essaimés dans les environs, ou plus loin.
Le Pariset, Le Dauphin, Le Chambon sont
morts, disparus à jamais sous les eaux du lac destiné à améliorer
la qualité de vie et l’économie de toute la région.
Mais quand nous passons par là, ayons
une petite pensée pour eux, et rendons leur un hommage muet et
discret.
La cascade de la Pisse :